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L'Encre des Mots

Témoignages de femmes pendant l'Occupation


Nous avons interrogé quatre femmes, Mme De., Mme D., Mme L., Mme T. pour qu’elles aussi nous racontent leurs souvenirs de guerre. Ces femmes avaient entre douze et vingt ans et vivaient à Rennes pendant l’occupation.

Le quotidien de 4 femmes de 1939 jusqu'à la libération

Lors de la mobilisation générale, le 3 septembre 1939, aucune ne se souvient d’avoir vu la gare de Rennes pleine de familles venues assister au départ d’un frère, d’un fils ou d’un mari. Elles-mêmes n’étaient pas présentes, à l’exemple de Mme L., déjà placée quand son frère a été mobilisé. « Les familles ont été dispersées, on était éparpillés ».

Le 17 juin 1940, c’est le premier grand bombardement de Rennes, celui de la plaine de Baud. La maison qu’occupe Mme De. avec sa famille est bombardée, tout comme celle de Mme D. La première est réfugiée dans une école, non loin de la rue Gaëtan Hervé. Il leur faudra changer de maison souvent, faute de moyens pour se reloger. La deuxième a pu vite être relogée chez des amis. A la suite de ce premier grand bombardement, une solidarité s’est mise en place. « Les ouvriers faisaient ce qu’ils pouvaient pour aider ». En 1943, lors du deuxième bombardement, et surtout des alertes, il fallait se mettre aux abris « dans des tranchées, creusées par nous-mêmes. Lors des alertes on y plongeait, on chantait, parlait, priait ». Ces femmes sont toutes d’accord pour dire qu’il valait mieux être dans les tranchées que dans les caves, trop dangereuses.

Mme De. raconte que chaque matin, passé 1942, lorsqu’elle retrouvait ses collègues de travail sur la route, « il en manquait toujours un, un juif qui avait été emmené pendant la nuit ».

L’alimentation est bien sûr le point le plus important sous l’occupation, pour la simple et bonne raison que manger à sa faim est de plus en plus dur. « Ceux qui étaient en campagne arrivaient encore à avoir quelque chose, mais pour ceux qui étaient en ville, c’était difficile » Les fermiers pouvait encore récolter ce qu’il fallait pour tenir face à la répression, en ville les habitants étaient soumis à la règle des tickets de rationnement. Les français étaient classés en huit catégories, devaient faire la queue pendant des heures devant les magasins pour recevoir comme s’en rappelle Mme D., « un pain noir qui n’était pas bon, donnait des boutons ». Mme Lebret était employée de commerce et avait sa stratégie pour aider les habitants et sa famille « on avait des carnets avec des tickets qui ne servaient pas, je les coupais et donnais la marchandise aux clients, et ces clients qui étaient de la campagne me ramenaient le samedi du beurre ou de la viande, et je ravitaillais ma famille avec ça ».

Leur souvenir des allemands est contrasté. Bien sûr c’était la guerre, ils étaient l’ennemi, ont fait du mal, mais « c’étaient des hommes comme nous autres ». Mme T., dont la maman était réquisitionnée pour laver le linge des allemands, se rappelle que ces hommes étaient toujours aimables « y’en a qui étaient drôlement sympas », tristes d’être loin de leur pays, « ils nous amenaient du chocolat ». Mme De. a même été demandée en mariage, à 14 ans, par un officier allemand.

Les informations ne passaient pas si facilement, « il n’y avait pas tant que ça de radios clandestines ». Les gens se méfiaient de tout le monde, on ne se racontait les dernières nouvelles provenant de la BBC qu’entre amis, et encore. Il fallait faire attention à tout, respecter le couvre-feu, « couvrir ses carreaux de gros rideaux noir, ou les peindre ».

Lors de la libération, Mme De. était réfugiée dans les caves de Ouest-France, avec 500 personnes « on avait la frousse ». Dans les heures suivantes, elle a pu se rendre Place de la Mairie, où les hommes défilaient. Mme L. travaillait, tout comme Mme T., il leur a été interdit de quitter leur poste pour assister à l’entrée des américains. Pour Mme D., il n’y a pas eu « de changement radical ». Petit à petit, la vie sans l’occupant a repris ses droits, avec « soulagement ».

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